1.     Les effets sur la santé physique

Troubles du sommeil et de la vigilance

Le travail en horaires atypiques vient désynchroniser l’organisation du sommeil qui suit une rythmicité précise et fixe, calée sur l’alternance jour/nuit et sur l’organisation de la vie sociale. Un cycle de sommeil se compose de l’alternance successive du sommeil lent léger et profond responsable de la récupération physique de l’organisme et du sommeil paradoxal en jeu dans la récupération psychique de l’individu.

Ainsi les postes de nuit qui induisent un sommeil diurne (en journée) ne permettent pas une bonne récupération car le repos est de moins bonne qualité (plus court et morcelé dû aux éléments extérieurs comme la lumière, le bruit). Le travail en horaires postés vient tronquer certaines parties du sommeil et entrave tout autant la récupération de l’individu. En effet pour les postes du matin qui nécessite un lever anticipé, le sommeil paradoxal ayant lieu en fin de nuit se verra amputé. Tandis que pour les postes du soir qui nécessite un couché tardif c’est le sommeil lent qui sera tronqué.

Ces perturbations du sommeil peuvent entrainer des troubles du sommeil tels que de la somnolence, une fatigue extrême..etc. Cependant d’autres rythmes circadiens sont synchronisés avec celui du sommeil. Ainsi lorsque celui-ci se voit perturbé cela entraine la désynchronisation des autres rythmes biologiques comme celui de la température ou de la vigilance.

Il y a une relation très étroite entre l’évolution de la température corporelle et le rythme veille-sommeil, car lors des périodes de sommeil, la température corporelle diminue. Or un parallélisme est également visible entre la courbe de température et celle du niveau de vigilance. La tenue d’horaires atypiques (poste de nuit ou horaires alternants) vient alors désorganiser le rythme veille-sommeil et ainsi solliciter l’organisme durant des périodes où il est plus fragile. Il existe donc un risque plus important d’augmenter les accidents et/ou de diminuer les performances des travailleurs

Il a d’ailleurs été démontré que le taux de gravité des accidents survenus durant les postes de nuit est en moyenne plus important que celui lié aux postes de jour.

Troubles nutritionnels, métabolitiques, digestifs et cardiovasculaires

En horaires atypiques, le salarié se voit contraint de modifier ses heures de prise de repas, pour des hoarires inabituels et pouvant changer d’un jour à l’autre entrainant alors une prise anarchique des repas.

Cette inadequation et/ou dysrythmie alimentaire pouvent être la raison d’une prise de poids, d’une augmentation du taux de cholestérol et de triglycéride et l’apparition de troubles digestifs. En effet les sucs gastriques répondent à un rythme circadien, s’alimenter en dehors de leurs actions crée alors des problèmes de digestion. A contrario, si l’individu ne mange pas lors des périodes prévus à cet effet, le système de digestion se met en action et attaque les parois intestinales.

Outre ces problématiques, peuvent également apparaitre le risque de maladies cardiovasculaires lié à une consommation alimentaire anarchique et à la diminution de l’activité physique en raison des horaires atypiques qui viennent perturber l’organisation de la vie sociale.

Risques cancérogènes

Depuis 2007, le travail de nuit a été classé dans la catégorie « cancérogène probable pour l’homme » par le Centre International de Recherche sur le Cancère (CIRC). Il a en effet été prouvé que le travail posté ou de nuit augmentait le risque de cancer du sein chez la femme. En outre d’autres relations entre les horaires atypiques et d’autres types de cancer tel que le cancer du côlon et de la prostate sont actuellement à l’étude.

Risques au cours de la grossesse

Le travail de nuit ou posté est également responsable de l’augmentation du risque d’avortement spontané, d’accouchement prématuré et/ou de retard de croissance intra-utérin.

Troubles neuropsychiques

Le travail en horaires atypiques est comme nous l’avons vu précédemment responsable d’une « sur-fatigue » qui à terme entraine une baisse des performances cognitives comme la mémoire et les capacités d’attention.

2.     Les effets sur la santé mentale

Troubles anxieux et dépressifs

La désynchronisation du rythme du sommeil est une des raisons de la sur-fatigue ressentie par les salariés travaillant en horaire de nuit ou posté. En déficit de récupération tant physique que psychique l’individu est plus sensible et irritable et peut subir des troubles de l’humeur. Face à cette situation les risques anxieux et dépressifs sont accrus avec en parallèle un risque d’addictologie aux médicaments, alcool ou drogues.

Perte de contact avec la vie sociale et familiale

Le travail en horaires atypiques provoque une désynchronisation avec les rythmes sociaux et perturbent les activités institutionnelles et familiales. Les activités hors-travail quotidiennes sont socialement définies et très largement organisées en fonction des horaires de travail dits « standards ». Ainsi l’organisation du temps de travail des salariés en horaires atypiques entrent généralement en conflits avec les rythmes sociaux.

Cette situation peut entrainer pour le salarié une perte de contact avec sa vie sociale et familiale et à terme une forme de repli sur soi.

Le travail en horaires postés est ainsi responsable d’une usure prématurée de l’organisme et de fait d’une dégradation précoce de l’état de santé de l’individu, physique et mental. Il s’agit d’une des raisons qui a fait rentrer le travail de nuit ou en horaires alternantes dans les facteurs de pénibilité au travail.

Au vu de ces éléments il semble donc indispensable d’apporter des moyens de prévention et des actions concrètes permettant de protéger les salariés face aux risques encourus.

 

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Santé et Sécurité au Travail. Comment le Code du travail, encadre-t-il les horaires atypiques ?